25 novembre 2008

Cost of Doing Business

image de Macao, Kristen Pelou
Vous souhaitez vous lancer, devenir photographe, que cette activité vous permette de vivre, de continuer à surfer et voyager, mais, avant de vous lancer, un truc important à connaître c'est : combien cela coûte t-il d'être photographe ?
C'est ce que les anglo-saxons appellent le "Cost of Doing Business" (allez visiter ce site), un truc très terre à terre mais qui permet de mieux appréhender la réalité, au grand dam des rêveurs, j'en suis désolé !
C'est selon moi LA solution, ou en tout cas, la première étape car ensuite l'expérience aide pas mal, pour savoir comment ne pas sous estimer la valeur d'un travail et faire de votre activité de photographe une activité viable et durable.

J'ai un peu élargi le concept du "Cost of Doing Business" de façon à avoir une vision d'ensemble du sujet. Afin de savoir combien vous devrez rentrer d'argent, il faut connaître les dépenses et ensuite rééquilibrer avec les recettes.
- Vous chiffrez ce que vous coûteras votre activité de photographe (ce qu'il faut immancablement payer avant de vous payer).
- Vous chiffrez ce que vous avez besoin dans votre vie personnelle (= le salaire minimal que vous devrez vous verser)
-Vous additionnez ces deux premiers chiffres. Pour équilibrer la balance budgétaire, vous devrez estimez vos futures rentrées d'argent et donc, par conséquence, le montant à facturer pour votre travail ...

1er point : votre vie personnelle. Quelle quantité d'argent devez vous sortir chaque mois pour manger, communiquer, vivre. J'ai inversé les deux premiers point car celui ci, vous êtes déjà censé le connaître même grossièrement.

Sans vous voiler la face, estimez vos dépenses mensuelles perso :
- Loyer
- Bouffe
- Communication (abonnements téléphone portable, internet)
- Loisirs (sorties, surf ...)
- Habillement
- Voiture (entretient et essence pour pouvoir aller surfer par exemple)
- Assurances personnelles (voiture, habitation, santé)
- Charges (électricité, eau, gaz)
- Impôts locaux, fonciers, redevance TV, etc ...
- Divers (vacances, cadeaux noël, anniversaires, frais médicaux ...)
- Epargne

Ca donne une base pour estimer le "salaire" minimal qu'il faudrait vous verser chaque mois pour payer votre consommation actuelle.

2em point : la vie professionnelle. Quelle quantité d'argent devez vous sortir chaque mois pour exercer votre activité de photographe. Pour faire simple, mettons que vous ayez déjà investi dans le matos informatique, un parc d'objectif et de boîtiers nécessaires au démarrage de votre activité.

Estimez vos dépenses mensuelles pro en tentant de penser à tout (voici une liste qui est loin d'être exhaustive):
- Voiture (entretient, essence, assurance ...)
- Voyages (déplacements, billets d'avion, vie sur place pour réaliser des photos)
- Matos photo (remplacement boîtiers tous les 3 ans env., achat 1 ou 2 objectifs par an, trépied et sacs pour 3 ans)
- Matos informatique et logiciels (un portable et un ordi de bureau tous les 3 ans, un écran, une imprimante tous les 3 ans, nouveaux logiciels, mises à jour ...)
- Communication (téléphone, internet, création site internet, hébergement du site, carte de visite ...)
- Assurance pro (responsabilité pro, matos, santé, locaux de travail ...)
- Frais de studio
- Location de matériel (pour un usage unique ou avant de l'acheter par exemple)
- Coûts de formation, stages (informatique, logiciels, techniques photos ...)
- Petit matériel (carte mémoire, filtres, disques durs de sauvegarde)
- Consommable (encre imprimante, feuilles, stylos, timbres, enveloppes, CD, DVD ...)
- Divers (frais bancaires, abonnements magazines, livres, visites d'expo ...)
- Charges (selon le status choisi : retraite, AGESSA, URSAFF ...)
- Imprévu (prévoyez une réserve pour envisager les imprévus)
- Fond de roulement (avoir de la trésorerie pour pouvoir avancer les frais avant d'être payé)
- Votre salaire (calculé préalablement)
- Bénéfices ?

Notez que certaines dépenses professionnelles peuvent venir en doublon de dépenses personnelles (voiture, loyer, téléphone, internet.) Une partie des dépenses pourront passer en dépenses professionnelles au prorata de l'utilisation.

Il reste maintenant à équilibrer ces dépenses par les recettes.

Pour estimer des tarifs, vous trouverez sur le site de l'Union des Photographes Créateurs (UPC) un Barème Officiel des Oeuvres de Commande en Publicité accompagné d'exemples d'utilisation ainsi que de pas mal d'informations sur la profession. Ces barème sont, comme leur nom l'indique, officiels, c'est à dire qu'il ont été publiés au Journal Officiel (2 mai 1987 (page 4874)) leur application est obligatoire pour les oeuvres de commande. Une page en lien donne de plus amples explications sur la façon d'utiliser ces barèmes, vous le verrez, la marge de manoeuvre tarifaire est large avec ce système de point qui peuvent valoir autant d'euros que vous le voulez... Je recommande également la lecture de la Charte de Déontologie.

Attention, il y a une différence de tarif entre un boulot commandé qui correspond à une rémunération sûre et ferme et dont les frais sont généralement payés et un boulot que l'on fait soi même et que l'on souhaite revendre par la suite. Le lien donné ci-dessus correspond au premier des deux cas, la rémunération en droits d'auteur d'un travail de commande (rémunération proportionnelle à l'usage qui sera fait de vos images) et auquel vous ajoutez vos honoraires.
Dans le second cas, un travail que vous faites dans votre coin dans l'espoir de le revendre, le système de rémunération suit le même principe, c'est à dire que vous serez payé en droits d'auteur, proportionnellement à l'usage qui sera fait de votre photo. Mais, comme vous avez vous même investi (en temps, en argent, en moyens) pour réaliser ces images, vous devez vous faire rémunérer plus cher pour compenser cet investissement.
Des photos de commande et des photos de stock ne se monnaient donc pas aux même tarifs même si vous pouvez toujours vous inspirer des barèmes en les doublant ou triplant, selon les coûts liés à la production, au stockage, au "légendage" de vos images.
Il n'est pas exemple pas choquant de vendre 600 € les droits d'utilisation d'une série d'images commandées par un client pour illustrer un site web non commercial et vendre par ailleurs, à un autre client mais pour un usage plus large, les droits d'une image de stock pour plusieurs milliers d'euros.

Dans l'estimation de vos tarifs, n'oubliez pas de prendre en compte toutes ces journées où vous cherchez de nouvelles techniques, où vous vous informez sur votre travail, le travail des autres, où vous vous formez vous même sur du nouveau matériel, un nouveau logiciel pour être plus performant.
N'oubliez pas non plus que pour un photographe de surf par exemple, les bonnes journées sont rares, qu'en raison de la météo, vous ne travaillerez pas tous les jours (même sur les meilleurs spots du monde).
Pensez aussi qu'une journée de prise de vue est généralement suivie d'une journée si ce n'est d'une semaine de boulot de classement, retouche, calibrage, livraison ...
Toutes les pertes de temps, tous les imprévus, il faut inévitablement les estimer pour les comptabiliser quelque part.

Cette technique du "Cost of Doing Business" s'appliquera chaque fois que l'on vous commandera des photos, un reportage, ou que l'on vous demandera un devis pour la production d'images ou l'usage d'une image de votre photothèque : avant de donner un prix, vous devez connaître les coûts engendrés par la production sous peine de vous tromper. Et se tromper sur la durée signifie ne plus pouvoir réinvestir par la suite dans du nouveau matériel ou financer des déplacements car le Livret A légué par mamie aura fondu. Pensez aussi qu'en faisant des prix irréalistes, vous vous mettrez dans la merde mais vous aurez également énormément de mal à augmenter vos tarifs par la suite, vos clients ne comprendraient pas, ils pensaient avoir affaire à un pro, pas à un rigolo. Sans parler du fait que vous ferez passer vos collègues pour des escrocs !
Il faut donc penser à tout. Un copain qui fait de la vidéo facture par exemple une partie tournage dans laquelle il ajoute la location du matériel vidéo dont il est propriétaire (certains photographes le font aussi). Dans la partie montage, il facture le temps passé ainsi que l'usage des logiciels et de la machine de travail. J'ai trouvé la technique intéressante car pour un montant identique, le client voit où part son argent.

En faisant ces petits calculs, vous comprendrez peut être la remarque d'un collègue photographe Vendéen qui vient de publier ses premiers reportages dans Surf Session : "En fait, on perd de l'argent à faire des trips ..." Pour tout vous avouer, je n'ai pas fait ce calcul avant l'an dernier, et j'ai peut être bien fait car j'aurais sans doute eu des nuits difficiles. Aller, trêve de blabla, à vos calculettes et soyez pas trop optimistes sur les dépenses !

Légendes des photos
- photo 1 : image prise au hazard d'une balade dans un centre commercial de Macao. Elle résume assez bien l'esprit course aux $$ qui règne dans ce coin du globe.
- photo 2: copie d'écran durant une journée compta, un mal nécessaire.

5 commentaires:

Greg a dit…

Si on doit travailler exeptionnelement dans le milieu de la photo (pigiste, planchette pub pour fdes marques, articles...) quelle est le moyen de le faire en toute légalité en tant qu'activité exeptionnelle et secondaire (c'est mon cas pour quelques articles mais je suis amené à faire de plus en plus de publications et pages de pub par exemple)
Y'a un moyen d'officialiser cette activité ?

KP a dit…

Va voir au centre des impôts (inscription) et contacte l'Agessa (cas du photographe auteur). Pour les magazines, ils sont censés te payer en piges salariées, déclarées comme un salaire

Thierry a dit…

Putain, si j'avais lu ça en 1990, je n'aurais jamais fait de la photo... non, bon, très bon papier, mais en même temps, tu sais que cette démarche n'est pas suivie par au moins 70% des photographes que tu croises. Pour répondre à la question de Greg, il y a un nouveau statut, celui de l'auto-entrepreneur, justement pour les activités annexes..
Ensuite, ce qu'il faut savoir ce qu'aujourd'hui le numérique a agit comme un tsunami sur la loi de l'offre et de la demande en photo et qu'il faut revoir ses standards pour bien en vivre. Ah un dernier truc, un bon sujet sur photographie.com pour savoir comme les nouveaux talents arrivent à percer.. tchô

KP a dit…

70% des photographes ? Je dirai plutôt 95 %, 98 % ? On est pas obligé de faire le calcul de façon carrée mais, comme toi j'imagine, je reçois pas mal de mails de jeune qui veulent devenir photographe. Loin de moi l'idée de dissuader qui que ce soit mais un petit tour sur la réalité (le coté $, le nerf de la guerre) ne fait pas de mal.
Sympa l'article sur photographie.com, ça concerne essentiellement le monde de la photo artistique mais ça donne un peu l'ambiance !

Greg a dit…

Salut ! Merci pour ces infos, je vais me renseigner très bientôt auprès des impôts